. Prologue .

. Prologue .
Ca semblait si simple. Faire une valise et partir. Prendre quelques affaires, les lancer en vrac dans un sac et claquer la porte. Marcher, monter dans un train ou dans un avion. Arriver à destination. Mais après ? Après.. Deux syllabes, tant de questions. Cinq lettres, toute une vie qui se cache derrière le A majuscule, et de nouvelles personnes occultées par le P et le R. Le E accent grave, les déceptions, le S, le bonheur. Mais le S n'arrive qu'à la fin du mot.. Après l'acharnement, après les échecs. Tomber et se relever, continuer à avancer, les yeux fermés, ou au contraire, grand ouverts. Qui sait où cela nous mène ?

C'est ça que j'aimais.. L'inconnu. Il ne m'effrayait pas, bien au contraire, il m'attirait. J'avais dévoré les livres d'aventures, et aujourd'hui je voulais vivre ma propre histoire. Un roman inédit, qui commence comme tous les autres : « Il était une fois une jeune fille de 18 ans, nommée Naya-Judith.. », mais qui a une fin hors du commun. Je ne m'attend pas à trouver le prince charmant, ni à signer mon ½uvre par le traditionnel « happy ending ». Peu m'importe que l'héroïne souffre et sombre dans le désespoir. Je suis réaliste, la vie n'est pas un conte de fées. Et la mienne en particulier, ce n'est que l'enchaînement de malheureux événements.



J'empoignais fermement mon léger bagage et poussais la porte transparente du grand hall. L'immense soleil installé dans le ciel clair m'aveugla, et je fis glisser mes lunettes sombres sur mon nez. Aucune brise n'ébouriffa mes cheveux, mais la chaleur se chargea de colorer ma peau pâle. J'avançais, un sourire naissant au coin de mes lèvres.

Australie, me voilà.

# Posté le jeudi 26 juin 2008 11:13

Modifié le vendredi 27 juin 2008 08:46

. Chapitre 1 .

. Chapitre 1 .
Je me trouvais aux pieds du grand bâtiment, un cahier coincé entre mes bras croisés. Je me sentais comme une fourmis aux pieds d'un gratte-ciel, minuscule particule admirant les avancées humaines qui s'élèvent vers le ciel. La comparaison était exagérée, mais mon sentiment n'en était pas moindre. Derrière les immenses fenêtres j'imaginais les élèves prenant des notes, les étudiants préparant leur projet. A travers les murs épais, je pouvais sentir l'animosité qui régnait dans les couloirs, les halls et les salles de classe. Je respirais le parfum de l'illusion, et je sentais contre ma peau tiède la lumière ardente des projecteurs. L'école de l'imagination, de la fiction. Le monde du cinéma.. Mon univers.

L'horloge dorée qui surplombait la grande entrée indiquait 8h57. Il était temps d'entrer, de m'imprégner de la douce ambiance de l'art.

Sans perdre de vue l'éclat nuancé de la porte magistrale, j'avançais, à pas mesurés, comme attirée par ce lieu nouveau. Ma main se posa sur la poignée, prête à la pousser, quand une paume couleur ambre recouvrit mes doigts. Mon regard remonta le long du bras fin, gagnant en virilité au-dessous des épaules. Une carrure sportive précédait un sourire gêné, surmonté d'un nez agréablement arrondi, avant de laisser place à deux grand yeux clairs, mélange d'étincelles et de poussière, gris et bleu associés pour une danse mouvementée.

Je crois que mes lèvres s'entrouvrirent, ébahies par ce spectacle minutieux, ces arrangements réalisés avec rigueur. Chaque surface de ses muscles, chaque fibre de ses lèvres, chaque pétillement de son regard, tout, sans exception, semblait la reproduction exacte d'un grand auteur décrivant son héros.

# Posté le vendredi 27 juin 2008 08:43

Modifié le samedi 28 juin 2008 02:03

. Chapitre 2 .

. Chapitre 2 .
La salle était vaste, aussi ample que mon imagination. Assise derrière une table en bois, je regardais devant moi, tout au loin, là-bas, près du grand tableau noir, un homme, debout, attendant le silence qui se fit peu à peu. Son discours était chaleureux, sa voix mielleuse et son ton patient. Rapidement, il nous expliqua le fonctionnement de l'école et les objectifs de notre première année. Concentrée sur ses paroles, je laissais mon regard s'abandonner sur les visages des élèves, observant leurs apparences sans mémoriser leurs traits. Et pourtant, mes prunelles s'arrêtèrent sur un profil auquel je ne portais pas vraiment d'attention. Mes oreilles perdirent peu à peu la clarté de notre interlocuteur, tout mon être semblant s'être rassemblé au bord de mes cils, détaillant le portrait situé quelques rangs plus bas.

Je trouvais dans l'immensité de ses iris les étoiles appartenant d'habitude au ciel, et je m'amusais à contempler les mèches ébouriffées qui s'échappaient de sa coiffure, niant ainsi l'apparence sage qu'il se donnait. Ses doigts fins prenaient quelques notes de temps à autres, et j'aimais admirer ses longs cils s'abattre sur ces yeux mystérieux quand il se penchait sur son calepin. Aucun doute, c'était le jeune homme de ce matin, resplendissant à présent sous la faible lumière de la salle, sans perdre pour autant les teintes dorées de sa peau satinée.


A cet instant, je devina que mon premier scénario parlerait de lui. Lui, non pas le garçon que je pouvais contempler. Mais lui, le personnage qui me faisait rêver. Sans savoir encore comment exactement, je venais de trouver mon projet, et peu m'importaient désormais les exemples et les conseils de l'homme qui parlait. La commissure de ses lèvres fines m'inspiraient mille histoires, son écriture régulière sous-entendait de nombreuses aventures, et la profondeur de son regard libérait toute mon imagination à travers les plus extraordinaires romances. Il me suffisait de le regarder pour que mon esprit réalise à lui seul un court-métrage fantastique.

Il en serait le héros. Et moi ? Moi, j'en serais l'héroïne.

Mes rêves s'évaporèrent lorsqu'un morceau de papier froissé, rebondissant contre mon bras, atterri sur mon bureau. Je levai les yeux, cherchant sans grande impatience son expéditeur. Je remarquai alors juste à ma droite une jeune fille de mon âge, un sourire aussi étincelant que magnifique dirigé sans relâche vers moi.

# Posté le samedi 28 juin 2008 02:33

Modifié le mardi 12 août 2008 09:07

. Chapitre 3 .

. Chapitre 3 .
Elle m'attendait à la sortie du cours, se tenant près de la porte et guettant avec intérêt chaque personne qui sortait de la salle. Je ne m'étais pas pressée, prenant mon temps pour ranger mes quelques feuilles. Ou plutôt, pour observer ses gestes contrôlés, la délicatesse de ses mouvements quand il fermait ses livres et sa trousse. Je n'avais pas réussi à décoller mon regard de toute l'heure de ce jeune homme aux contours irréprochables. Il rejoignit la porte, et je suivis le reste de la classe, jusqu'à me retrouver nez à nez avec l'expéditrice du morceau de papier.

- Bonjour !

Elle serrait son calepin contre sa poitrine, et son sourire disproportionné la rajeunissait considérablement. J'avais presque l'impression de me tenir en face d'une adolescente entrant au lycée. J'avais été cette fille, quelques années plus tôt.. Mais j'avais mûri depuis, et je ne pouvais plus désormais faire de concurrence avec son regard pétillant d'excitation et de bonheur.

- Je m'appelle Kyara ! Je ne t'ai jamais vue dans la région, tu viens d'où ?

Elle avait encore toutes les caractéristiques de l'enfance, aussi bien sur les traits encore peu marqués de son visage ou sur les contours à peine formés de ses hanches, que dans le ton léger de sa voix et les accents exagérés de ses paroles. Mais ses pommettes rosées indiquaient la douceur de ses intentions, et j'éprouvai immédiatement pour elle une affection maternelle, une sorte de fraternité qu'offrent les délices de la jeunesse. Un maigre sourire naquit sur mon visage, et j'acceptais d'une certaine manière la demande qu'elle n'avait eut besoin de formuler.

- Je m'appelle Naya-Judith. Je viens de très, très loin. Mais le voyage en valait la peine. Ce pays me plaît, les horizons sont différents de ceux que j'avais connu auparavant. La lumière contraste chaleureusement avec l'obscurité d'un ciel pluvieux.

Tout en m'écoutant, elle lançait de furtifs coups d'½il vers le couloir, cherchant sans doute quelqu'un du regard. Quand elle sembla le perdre de vue au tournant d'un couloir, elle reporta son attention vers moi, et son regard clair devint aussi rayonnant que le soleil australien.

- Alors comme ça toi aussi tu t'intéresses à Keith ?
- Pardon, qui ça ?
- Keith. J'ai vu que tu l'observais tout à l'heure. Je peux te le présenter si tu veux !


Son innocence m'arracha un petit rire. Je revoyais en elle la candeur d'un âme pure et insouciante. Tout ce que j'avais perdu, et qui ne m'avait jamais autant manqué qu'en cet instant présent.

Sa proposition était attrayante, et pourtant mes ambitions m'empêchaient de l'accepter.. Dans mon scénario, les héros n'étaient pas présentés avec l'intervention d'un tiers. Le hasard était le fruit de leur rencontre, et seuls les événements pouvaient décider du moment où cette rencontre se produirait. On n'était pas dans une pièce de théâtre classique avec l'entremetteuse ; c'était un roman chevaleresque où l'insolite se produisait par la seule volonté du destin. Mais si le destin avait justement voulu que cette offre change le cours des choses ?

# Posté le jeudi 03 juillet 2008 04:43

Modifié le mardi 12 août 2008 09:09

. Chapitre 4 .

. Chapitre 4 .
/!\Chris devient Keith

La matinée était passée rapidement, trop absorbée que j'étais à dévorer chaque parole de mes nouveaux enseignants, prenant malgré moi l'habitude de jeter des coups d'½il de temps à autres à Keith. Keith. tout dans son prénom laissait déjà deviner le personnage. L'occlusive, sourde vélaire, martelait le mot avec la rigueur et la précision du sculpteur appliqué. La suave orale, dont l'écriture différait de la prononciation, « i » calligraphiée « ei », annonçait l'originalité et l'inédit, un soupçon de rire , peut-être un simple sourire. La sourde fricative, sifflante, chantonnait comme un murmure, un timide secret recouvert d'un voile de tendresse. Keith. Une chanson dans mes oreilles qui s'intensifiait quand mon regard se posait sur lui.

Et voilà que je me retrouvais seule à cette grande table blanchâtre, un plateau clair posé devant moi, proposant un met appétissant. J'attrapais le couteau, empoignais la fourchette. L'aluminium des couverts frôla le morceau de viande juteux, s'enfonçant dans la masse rouge en libérant un parfum alléchant. Je portais une bouchée modérée à mes lèvres entrouvertes, et fis presque voltiger le morceau de steak quand le bruit sourd d'un plateau s'écrasa en face de moi. Rien de cassé, par miracle. Ce n'était que Kyara, qui, après avoir soudainement disparu à la fin du dernier cours, faisait à présent une entrée fracassante.

- Toujours pas changé d'avis ?

Voilà trois heures qu'elle me harcelait avec ce prénom qui me plaisait tant. Elle avait vainement essayé toute la matinée de m'introduire dans le groupe du jeune homme, mais je repoussais toutes ses offres.
Stupidités paradoxales.
Je mourrais d'envie de lui parler. Et pourtant, j'avais refusé à maintes reprises.
Stupidités paradoxales.

- Non, je reste sur ma position. Je ne veux pas forcer les choses.
- Et bah moi si !
- Quoi ?


C'était trop tard pour recevoir une réponse. Derrière elle se dessina une forme élancée, robuste, assurée.. Il arriva à la hauteur de Kyara, et posa son plateau à ses côtés. Moi, pauvre imbécile que j'étais, je le suivais du regard sans être capable de faire fonctionner le moindre de mes neurones. La fourchette toujours en l'air, je ne pouvais bouger, hypnotisée par cet ensorceleur aux multiples pouvoirs.

Kyara s'installa face à moi, un sourire victorieux remplaçant son habituel sourire béat.

Le vaillant chevalier, insouciant, continuait le cours de son héroïque destin, tandis que la sotte princesse n'osait braver sa timidité.
Stupidités paradoxales.
Stupidités paradoxales.

# Posté le jeudi 10 juillet 2008 08:23

Modifié le samedi 12 juillet 2008 08:05